Culinottérature, ou l’art de parler aux papilles

Pour ce qu’on appelle désormais communément son « kick-off », la joyeuse et gourmande équipe d’^Accent Tonique^ s’est réunie dans les nouvelles pénates de Moon’s kitchen, à Marseille. C’est là, lovées dans cet écrin végétal et luxuriant, que nous avons finalisé le lancement de notre cocktail au menu du reste du monde.

Nommer

Et quelle entrée (en matière) ! Mouna nous avait concocté un petit plat sorti tout droit de son imaginaire débridé et de ses doigts de fée qui n’était autre… qu’un plat traditionnel de ma famille ! Quel signe pour nous ! Elle avait la matière, je lui ai donné le nom. Ecce cibus, et fiat cena*. Nous avons donc mangé avec entrain les imams bayildis de ma grand-mère, comme un clin d’oeil depuis l’au-delà.

Traduire

Imams bayıldı en turc ça veut dire « imams évanouis » (tellement c’est bon !). Une fois migrés en France, ils sont devenus des « curés évanouis », intégration oblige. Ce qui pose une question fondamentale de traduction : faut-il préserver et transmettre le sens précis de la langue « source », un aperçu de la culture et un soupçon d’exotisme  ? Ou au contraire faut-il transposer l’objet traduit dans le contexte culturel de la langue « cible » et réduire la distance entre les interlocuteurs ? La traduction est-elle un voyage ou une adaptation ?

Identifier le besoin

Le second plat n’avait pas de nom, et Mouna nous l’a décrit avec ses mots, ses mots de « faiseuse ». Elle nous raconté comment il naît. Ne faudrait-il pas lui trouver un nom à lui aussi ? « Ecrasé de pommes de terres aux paillettes de maquereau » ? « Ecaillé de pommes de terres » ? « Patates marines » ? « Disco-patates » ? « Pommes de mer » ? « Belles îles en mer » ? « Terre et Iode » ? « Le pied marin » ? « Neptune et Terra Mater dans l’assiette » ?… Est-ce qu’un menu doit raconter une histoire ? Ou juste évoquer ce qu’on mange ? Ou est-ce la même chose ?

Synthétiser

Quant au dessert, sublime de moelleux à la fleur d’oranger sur une mer chahutée d’ocres passion et abricot… mmmmmh… Voilà de quoi faire taire les plus bavards…

Transmettre un message

Bref, ta cuisine, Mouna, c’est un poème ! Merci de nous régaler chaque fois, immanquablement, merci pour ce câlin si doux avec ma grand-mère, de retour le temps d’un repas, merci (infiniment !) pour cette attention si délicate et si généreuse (j’en suis encore tout émue !), et merci enfin pour ce lancement de notre petite manufacture sous de si délicieux auspices ! Car si les mots ont un sens, le cours des événements aussi. Rien n’arrive jamais par hasard dans la grande cosmogonie de l’univers…

Conclure

Et voici notre ^Accent Tonique^ lancé dans une pétarade de couleurs, de saveurs et de mythes ! Prêt à réécrire le monde – avec des bulles très fines.

Tchin !

* Voici le met, et le repas fut (thème latin libre et assumé par l’auteur).

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